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Pourquoi il faut réindustraliser la France (Louis Gallois)

2020/06/17 17:11:39, posté par Jean-Gabriel Giraud

De 2012 à 2014, Louis Gallois a occupé la fonction de Commissaire général à l’Investissement. Il préside actuellement le conseil de surveillance de PSA. et copréside la Fabrique de l’Industrie, fondation qui œuvre au renouveau industriel français. Il est également engagé depuis 2012 comme président de la Fédération des acteurs de la solidarité (ex-FNARS). La FSA propose aux personnes en situation de grave détresse sociale un accueil, un hébergement et une aide à la réinsertion sociale.


Vous alertiez depuis bien avant cette crise sur la trop faible taille de l’industrie par rapport à son marché domestique…

Absolument. Donc il y a une difficulté pour la puissance publique. Relancer la consommation, d’abord cela coûte cher, ensuite il ne faut pas que cela se traduise par un déferlement d’importations. Je vois que le commerce de l’habillement connaît de fortes difficultés. Je comprends qu’on relance ce commerce parce qu’il y a de nombreux emplois, mais l’habillement lui-même est largement importé…

Vous seriez favorable à une sélectivité du soutien à la consommation ?

S’il faut soutenir le pouvoir d’achat, il faut commencer par les plus bas revenus, c’est d’abord un impératif de justice sociale. Et en même temps ce sont des personnes qui consomment 100 % du surcroît de revenu qu’on leur accorde. Cela a donc un effet immédiat sur la consommation.

Et je pense – je suis prudent parce que les analyses ne sont pas tout à fait convergentes sur ce point – que les catégories du bas de l’échelle sont moins consommatrices d’importations que les couches plus élevées.

Pour revenir à l’industrie, les entreprises accepteront-elles de se priver de la rentabilité supérieure qu’offrent les chaînes de valeurs mondiales ?

De la rentabilité, certes, mais aussi des prix bas. Les Français sont-ils prêts à payer des tee shirts au prix de fabrication en France plutôt qu’au Bangladesh ? C’est donc aussi un problème de pouvoir d’achat, il ne faut pas se voiler la face. La réinternalisation en France de l’ensemble des chaînes de valeurs me semble donc un objectif assez utopique que les Français pourraient d’ailleurs ne pas accepter.

En revanche, nous avons publié une étude à la Fabrique de l’Industrie en octobre 2019 : « La France est-elle exposée au risque protectionniste ? » qui me paraît assez anticipatrice : elle constate une réinternalisation des chaînes de valeurs sur les grands ensembles chinois et américains.

Ce phénomène qui résulte à la fois de la guerre commerciale entre Pékin et Washington et de l’évolution des techniques, l’Europe en est actuellement absente. Elle doit s’en saisir parce que sinon elle risque de devenir le terrain de jeu des Chinois et des Américains mais aussi parce qu’il est cohérent avec l’objectif de développement durable. Si nous voulons avoir des productions décarbonées, il va falloir faire en sorte qu’elles se tiennent sur notre territoire. Si nous appliquons des règles à l’industrie européenne auxquelles échapperaient les producteurs extérieurs, nous aurons un déferlement de produits extraeuropéens à fort contenu de CO2. Il faudra donc appliquer un ajustement carbone aux frontières pour assurer la pérennité des productions dans l’Union européenne. Dans ce processus de régionalisation, les Etats-Unis et la Chine ne doivent pas être les seuls acteurs. L’Europe doit aussi en devenir un.

Pour résumer : la France a besoin de réindustrialisation ; la régionalisation des chaînes de valeurs doit être une politique européenne.


Alternatives économiques (propos recueillis par Hervé Nathan)

Lire également la Lettre de la Fédération des acteurs de la solidarité